14/02/2005

Sujet :"Et tu voudrais que je garde (tous ces livres) sur me

Sujet :

"Et tu voudrais que je garde (tous ces livres) sur mes rayons ?  Pour quoi faire ?  Pour, le soir, converser élégamment avec M. Stendhal, avec M. Baudelaire, avec Messieurs Gide et Valéry, pendant qu'on rôtit tout vifs des femmes et des enfants dans une église ?  Pendant qu'on massacre et qu'on assassine sur toute la surface de la Terre ?"  Vercors

 

 

A


 

l’époque où les médias nous manipulent et occupent une place de plus en plus prépondérante dans notre existence ; à l’époque où les citoyens de nos démocraties ne trouvent même plus utile de voter ; à l’époque où les guerres et les violences font parties du lot quotidien de bons nombres de terriens ; il semble tout à fait légitime de se demander si l’engagement  citoyen existe encore et si la littérature – qui à depuis toujours été un vecteur d’idées par excellence – joue un rôle dans cet engagement. 

Nous répondrons successivement à ces deux questions en considérant pour chacune d’elles la réponse affirmative et négative.  Nous conclurons en cherchant à savoir où les mœurs de nos sociétés conduisent nos civilisations, bref, nous nous demanderons si le futur à bel et bien un avenir…

 

Pour ce faire, examinons tout d’abord ce que le terme « engagement citoyen » signifie de façon à pouvoir en cerner bien toutes les implications. 

Un « engagement » désigne l’acte de s’engager dans quelque chose, un « engagement citoyen » serait donc le fait de s’engager dans une cause citoyenne…  Or, un citoyen est un membre d’un état, c’est-à-dire, une personne attachée à un groupe de personnes.  L’engagement citoyen doit donc être rapproché au terme « solidarité ». 

Ce mot faisant partie de notre langue, il est évident qu’il doit se rattacher à des faits concrets.  Demandons-nous dès lors si la solidarité a un jour existé et si elle existe toujours… 

Que ce soit pour traiter de la solidarité Nord-sud, d’une consommation solidaire, ou d’un système socialiste ou communiste, ce terme semble être souvent utilisé.  Et pour cause, l’idée de solidarité n’est pas nouvelle, elle est en effet probablement aussi vieille que l’homme lui-même et est née du besoin de vivre ensemble, dans un commun intérêt et dans un esprit d’entraide.  La solidarité est l’essence même de l’être humain, c’est elle qui, en outre, nous différencie des animaux. 

Et pourtant, notre époque la maltraite ; pour nous, elle est comme un bouclier de protection…contre nous-même !  Pourquoi ?  Et bien, parce que nous essayons de nous cacher un abîme, un gouffre qu’il nous vaut mieux ne pas voir, pour pouvoir vivre dans notre petit confort sans se préoccuper de ceux qui sont dans le besoin.  Les inégalités sociales entre les riches et les pauvres n’ont jamais été aussi fortes.  L’écart des revenus entre les 20 % des plus pauvres et les 20 % des plus riches était en 1995 de 1 à…82 ! 

Inacceptable ?  Très certainement !  Pourtant, l’élan de générosité suscité par le gigantesque tsunami qui a frappé l’Asie du Sud et tué plus de 280000 personnes, ne prouve-t-il pas une volonté de réduire cet écart ?  Peut-être bien…  Mais ne nous leurrons pas, la médiatisation de cette catastrophe en est pour beaucoup en ce qui concerne l’attrait de celle-ci car nombreuses sont les autres causes tout aussi importantes qui ne seront probablement jamais résolues.       

L’hypocrisie du genre humain à s’attacher à une cause plutôt qu’à une autre suivant ses intérêts n’est donc pas prête de se faire oublié… 

Comme nous venons de le voir, la solidarité est une facette importante de l’engagement citoyen ; cependant, il ne doit pas être simplement résumé à celle-ci.  Le débat des idées est aussi un engagement, car c’est lui qui, principalement, risque de conditionner notre futur.

 

 Ainsi, ceux qui disent « Oh, moi, vous savez, je ne fais pas de politique » sont des inconscients et peut-être même de dangereux complices…  La démocratie est une chance inimaginable, et nombreux sont les pays qui de par le monde, n’ont pas le bonheur de posséder un pareil système politique. 

Et pourtant, même dans nos états européens, où la démocratie fait globalement depuis longtemps partie des mœurs, de plus en plus de personnes n’accorde plus d’importance à l’élection de leurs dirigeants.  Nous l’avons vu en France assez récemment, lors des élections présidentielles ; l’abstention record a conduit un extrémiste au second tour.  Nous ne savons pourtant que trop bien ce qu’il serait advenu si M. Le Pen n’avait pas été arrêté là : l’histoire se serait répétée.  Et à l’heure de la commémoration des 60 ans d’Auschwitz, nous devons nous rappeler que l’histoire a, en effet, de fâcheuses tendances à se répéter inlassablement. 

Hier, c’était Hitler qui par le silence et le non engagement de millions d’allemands est arrivé au pouvoir et a accompli ses noirs dessins avant de faire (re)plonger l’Allemagne dans la misère. 

Mais demain, qui sera-t-il, ce personnage incarnant le diable qui arrivera au pouvoir grâce à la collaboration muette de certains ? 

Notre vigilance ne doit jamais se relâcher, notre engagement citoyen doit toujours triompher ! 

Nous pouvons, toutefois, nous demander si chacun d’entre nous à le pouvoir de changer les choses ; nous ne sommes que de simples mortels après tout !  Des malheurs, il y en aura toujours, il faut bien vivre et pour cela, nous sommes obligé de fermer les yeux ou du moins de ne les ouvrir qu’à moitié… 

Les événements actuels ne sont pourtant pas là pour contredire le fait qu’il est plus que temps d’agir…  Qu’ils s’agissent des tortures dans les prisons irakiennes, des massacres et des famines en Afrique, des guerres religieuses au Moyen-Orient ou des prisonniers politiques en Asie, notre planète a plus que jamais grand besoin de l’engagement de chacun.

Et pour cela, il est primordial de voter, d’influencer un partage des richesses par notre consommation, de défendre nos idées auprès de notre gouvernement, de faire du bénévolat dans une infrastructure sociale ou encore de dénoncer l’influence des médias sur notre façon de penser.  Nos moyens d’actions sont très nombreux ; chacun a donc la possibilité, à son niveau, de créer un monde plus juste, plus citoyen…

 

Nous venons d’examiner la problématique de l’engagement citoyen actuel, penchons-nous, à présent, sur le rôle éventuel que joue la littérature dans cet engagement.

 

 

 D’abord, la littérature a, comme nous l’avons dit précédemment, de tout temps, joué un rôle très important en tant que vecteur d’idées.  En effet, même involontairement, un écrivain va laisser transparaître dans son œuvre les valeurs les plus profondes de son être. 

Ensuite, il est important de signaler que l’engagement des écrivains pour les causes qui leurs sont chères n’est plus à démontrer.  En effet, qu’ils s’agissent des philosophes grecs de l’Antiquité tels Aristote ou Platon, des philosophes des Lumières comme Montesquieu, Voltaire ou Rousseau, de Karl Marx ou d’autres philosophes contemporains, tous ont très largement influencé la pensée de leurs temps et ont contribué à la société dans laquelle nous vivons.

Enfin, si nous considérons la littérature de type plutôt informatif, il nous apparaît clairement que celle-ci peut-nous aider à mieux comprendre la complexité de notre monde.  Nous pourrons, ainsi, privilégier les causes qui ont vraiment besoin d’un engagement important de notre part.

On le voit, la littérature peut aisément susciter l’engagement de la part du lecteur  et le livre de Gilbert Sinoué intitulé « A mon fils, à l’aube du troisième millénaire » est un dernier exemple pour bien nous en convaincre.  Cet auteur nous fait, tout au long de son roman, découvrir pourquoi et comment le monde est en train de se déconstruire…  Il écrit notamment : « Et si de bâtir un monde tout neuf vous semble l’utopie suprême, alors surtout n’hésitez pas.  Rien n’est plus jubilatoire que de transformer une utopie en réalité ».

 

Qu’en conclure ?  Que l’engagement citoyen doit inéluctablement se rattacher à la solidarité mais que celui-ci ne se limite pas simplement à cette dernière.  Que la solidarité n’est pas nouvelle mais qu’elle constitue une spécificité du genre humain.  Qu’elle n’est pas un but en soi mais plutôt un prétexte.  Que le débat des idées est aussi une facette de l’engagement et qu’il a des répercussions importantes sur notre société.  Qu’il existe de nombreux moyens pour rendre notre monde plus juste mais qu’il est cependant plus que temps d’agir en faveur de celui-ci.  Et enfin, que la littérature n’est vraiment pas un obstacle à l’engagement mais qu’elle constitue plutôt un des vecteurs principaux de celui-ci.

Comme nous l’avons vu, l’engagement n’est pas mort mais il implique une vigilance de tous les instants et cette vigilance, la littérature peut nous aider à la tenir en éveil.

« Alors, M. Vercors, gardez-vous bien d’éliminer tous ces livres de vos rayons !  Appliquez-vous plutôt à conversez avec ces fantastiques écrivains mais attention, ne vous limitez surtout pas à cela, le monde a besoin de vous !  Vous avez certainement des idées comme chacun de nous…  N’oubliez donc jamais que rien n’est plus jubilatoire que de transformer une utopie en réalité… »

 

17:33 Écrit par Romain | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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