26/12/2004

Livre...

"La grande nuit" de A.-M. Adamek.
 
Il sait raconter une histoire, André-Marcel Adamek. C'est la première qualité de ce livre que l'on dévore, un peu comme une BD, pour «savoir la suite». Pas d'artifices savants, pas de subtilités néo-romanesques : la vieille illusion narrative fonctionne encore.Malek et Marie visitent la grotte de Château rouge, quelque part dans les Ardennes belges. Chacun de son côté. Elle, une petite vieille solitaire et souriante. Lui, un homme jeune, marié et père d'une petite fille, qui visite seul la grotte suite à une absurde scène de ménage. Malek et Marie prennent place à la même table, boivent elle un thé vert, lui un cognac, bavardent un peu. Jusqu’au moment où Malek sent le danger, le flaire littéralement comme ces animaux sauvages qu'il a pour profession d’étudier. C'est alors que la terre tremble, que Malek a juste le temps d’entraîner Marie sous l'abri robuste de la lourde table formée d’épaisses dalles de schiste. Et puis, comme dans la chanson de Nougaro : «C'était passé, j’y comprends rien ; y avait une ville, et y a plus rien.»Y avait une grotte, et y a plus rien. Malek et Marie sont les uniques survivants de ce tremblement de terre provoqué, nous l'apprendrons bientôt, par une explosion nucléaire, quelque part à l’est. Guerre ? Accident ? Adamek ne répond pas. Peu importe la cause, quand l'effet est épouvantable. Un peu partout, en Belgique et dans le nord de la France, d'autres Marie, d'autres Malek ont échappé au désastre. Par chance. Ou par malchance ? Combien de temps survivront-ils dans cet univers irradié où l’on ne peut survivre qu'à l'aide de boîtes de conserves, où la nourriture fraîche est devenue poison ? D’un peu partout, ils sortent de leurs trous, les survivants, qui se dirigent, instinctivement ou par calcul, vers l'endroit où ils espèrent pouvoir retrouver des conditions de vie meilleure, reconstruire quelque chose comme une humanité. Vers la mer où naquit la vie, très longtemps avant. Vers la Normandie. C’est vers la mer que convergeront les chemins de Méduse, la femme soldat, de Mi et Fa, les inquiétantes plongeuses, de Laury et Colasse les hommes ordinaires, des «gros» qui furent protégés par leur graisse, de Lilla la brune et d’Héloïse la blonde, de la petite Tinou et du chien Gris Nez. Brutes et tendres, fauves et proies…Dans le genre « anticipation », le thème choisi par Adamek n'est pas d'une puissante originalité, mais la comparaison entre le comportement humain et les mœurs animales, grâce aux extraits insérés de l’ouvrage d’Anton Malek, «L’instinct de meute», jette une lumière intéressante sur l'aventure. Si le livre vaut surtout par le suspense qu'il réussit à ménager pour pousser le lecteur un peu plus loin vers la mer, vers l'ouest, vers le dénouement, nous y trouverons aussi, pour la ixième fois reformulée, la vieille et terrible constatation de Plaute : «Homo homini lupus».

21:10 Écrit par Romain | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Demande Salut, t'a pas fait un travail ou koi sur ce livre la, si oui, tu saurais pas me l'envoyer
Merci

Écrit par : Jefferson | 03/04/2005

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